
Dans ces peintures, la figuration n'est ni le but ni l'origine de l'œuvre.
C'est donc de l'abstro-figuration, qui assure une suite logique au conceptualisme.
En effet, ici comme ailleurs, l'ombre et la lumière redessinent
tout, même chacun d'entre nous.
Giró
VISITE D’ATELIER
La valeur expressive est un moteur déterminant pour le jeune peintre. Mais elle ne suffit pas car tôt ou tard l’ampleur d’une production implique une volonté de correction, c’est-à-dire de sélection ou de sublimation.
En effet, la culture d’une civilisation est le résultat d’autant de création que de remises en cause critiques, d’autant de dépôt que de retrait.
Travailler dans l’urgence, est toujours exaltant mais corriger dans l’urgence est une aventure encore plus enthousiasmante.
Notre mémoire collective, est parfois née de l’histoire d’un atelier donc d’une pédagogie. Ainsi Rembrandt disait ne pas peindre, mais effacer ! Sa peinture n’est pas pour autant un palimpseste. N’étant pas seulement un procédé optique, elle réclame un approfondissement psychanalytique. Rembrandt ne faisait pas uniquement de la peinture avec des idées, mais évacuait celles-ci avec des instruments de caractères différents, qui effaçaient toutes tentatives d’endoctrinement. Leur caractère, leur force déstabilisaient tout discours. Comme l’indiquent également l’ombre et la lumière, la peinture naît d’un dialogue, non d’un monologue, et l’atelier du peintre reconstitue forces contradictoires et aventures infinies .
Peintures et atelier, tôt ou tard vivent une seule et même aventure inimitable, donc incontournable. Le style n’apparaît qu’à cette condition.
La valeur d’une peinture ne vient que de son caractère unique. La rareté, l’exception peuvent paraître une hérésie dans une société soumise à la loi de production en série.
Mais c’est ici que réside la valeur spéculative de l’œuvre d’art.
C’est cela la valeur spéculative d’une aventure.
Rembrandt évoque évidemment l’ombre et la lumière, mais il est surtout la référence suprême de Picasso, de Poliakoff et de Nicolas de Stael. Ce sont pourtant quatre façons d’occuper l’espace, différentes mais complémentaires. C’est toujours la constante recherche d’empreintes et de traces comme d’ombres et de lumières, qui redessinent tout, sans état d’âme ni préjugés. Même si ces trois contemporains se connaissaient, ils n’ont jamais souhaité se rencontrer. Ils savaient seulement qu’ils devaient mettre dans leur peinture ce qui manquait dans celle des deux autres !
Rembrandt agissait-il de même ? - forcément !
Chaque grand peintre connaît ses limites. Giacometti disait « ceux qui ne connaissent pas leurs limites ont de la chance... »! Peut-être que ces derniers ne voient pas les contresens d’ombre et de lumière qui redessinent tout et imposent une volonté de dialogue, de non endoctrinement.
Le contour n’est pas figé car le fond le redessine. En effet le vide n’existe pas, il est plus plein que le plein. Tout est dans tout. La peinture est plus proche de l’art culinaire et de la musique que de la littérature. Chagall et bien d’autres l’ont dit il y a longtemps.
Le cap des illustrateurs est très différent de celui des peintres ; car la matière picturale, comme l’ombre et la lumière, redessine continuellement toutes structures, tous supports, toutes surfaces. Ce redéploiement de forces contradictoires annule toutes préméditations, toutes anecdotes ou interprétations analytiques fantasmagoriques.
Ce voyage hors du temps ; donc en avance sur son temps, ne peut être ni contemporain ni nostalgique.
L’ombre et la lumière sont des océans d’improbabilité, leurs lumières froides sont bordées d’ombres chaudes ; leurs lumières chaudes repoussent les ombres froides. Ces océans stimulent inlassablement quelques peintres aventuriers en les rejetant loin de toutes définitions trop confortables.
Rien n’est acquis, la peinture gagne toujours.
A l’exemple de l’ombre et de la lumière, battons-nous dans nos ateliers, avec les fréquences colorées, les variétés tactiles, sensitives, regardons plus profondément.
Désamorçons tout, ne dénonçons rien.
Hâtons-nous seulement de peindre.
Notes d’atelier