
Dans ces peintures, la figuration n'est ni le but ni l'origine de l'œuvre.
C'est donc de l'abstro-figuration, qui assure une suite logique au conceptualisme.
En effet, ici comme ailleurs, l'ombre et la lumière redessinent
tout, même chacun d'entre nous.
Giró
Pour reprendre un terme cher aux turfistes, Giró travaille sur la distance. Il aime les grands parcours, les grands formats. Il se déploie avec une évidente ivresse dans l’espace. Pour lui, la peinture est une inscription indélébile et intemporelle, une écriture qui soit de toute époque.
Il peint peu sur la toile. Il s’attaque surtout à une matière noble et durable : le bois. Chaque surface est parcourue de lignes, de griffures, d’entailles dynamiques qui irriguent l’ensemble, se frayant un chemin dans les fibres mêmes du bois, piégeant la lumière. Et chaque parcelle offre une combinaison très fine de tons harmonieux, requérant la lutte des valeurs colorées cherchant à rendre la patine des bois flottants. Dès lors, la peinture est voulue comme une création quasi charnelle. Comme une équivalence sensible de la vie même.
Indifférent aux modes, le peintre se colle avec la matière, la dompte et la contraint à exprimer un univers de beauté ample et serein qui sublime l’affectivité. La création de formes concrétise une projection imaginaire qui possède la même évidence que la représentation de scènes mythiques, imageries sensuelles empruntant aux archétypes, du couple, de la maternité, du rapt lié aux cavales de l’oiseau roi de l’azur. Ces visions correspondent à la dimension épique, la fresque, le bas-relief. Ses œuvres méritent d’être placées dans un grand espace, dont leurs superbes et puissantes créatures ont la peau qui ruisselle, de bonheur.
Yves Cosson