
Dans ces peintures, la figuration n'est ni le but ni l'origine de l'œuvre.
C'est donc de l'abstro-figuration, qui assure une suite logique au conceptualisme.
En effet, ici comme ailleurs, l'ombre et la lumière redessinent
tout, même chacun d'entre nous.
Giró
RENCONTRE AVEC GIRÓ ARTISTE PEINTRE
La saison culturelle d’été de La Baule démarre très fort à La Chapelle Ste Anne. Ce lieu central est remodelé par la présence d’un artiste peintre qui en a fait une exposition magique : la chapelle est utilisée comme une sculpture redessinée par l’artiste qui l’intègre à son œuvre par un cheminement de cimaises dans un labyrinthe de méandres surprenants. Les œuvres de Giró et la chapelle sont en osmose, ce relookage interpelle tout à chacun.
La peinture de Giró est puissante, sur des supports solides (bois - zinc - toile marouflée), vigoureuse mais élégante. C’est une peinture à l’huile très dynamique mais jamais autoritaire. On imagine facilement la gestualité très virtuelle qui a permis tant d’autonomie à la pigmentation colorée. Certains comparent cette palette expressive au flux et au reflux que provoquent les éléments. C’est une œuvre abstro-figurative qui a toujours pour origine une abstraction lyrique, et parfois pour aboutissement une écriture figurative. Cette exposition a admirablement dosé un judicieux aller et retour entre l’abstraction et la figuration.
Il semblerait que la figuration n’apparaisse qu’à travers un ponçage irrespectueux pour transformer ces strates de peinture en traces de vie. Le résultat est solide, en ébullition, généreux. Une telle fougue est l’aboutissement de l’utilisation d’instruments contemporains comme les tronçonneuses à couper le béton, ponceuses et autres outils habituellement inconfortables. Il est évident que l’artiste prend des risques à déstabiliser sans cesse le cheminement de sa peinture. De nombreuses attaques dans la matière et son support, des griffures, des sillons, des grattages, proposent différents niveaux de relecture en fonction des lumières rasantes. L’amateur d’art y trouve de multiples pièges pour son propre imaginaire ou sa mémoire visuelle. Cela évoquerait-il Soulage en couleurs ? Non, ici le travail est
« recompartimenté » par un cocktail d’écritures d’autres artistes qui ont également précédé l’arrivée de Giró. Ce n’est pas une œuvre sous influence, c’est une passion pour la peinture qui a une mémoire mais qui offre d’abord des horizons nouveaux.
Le succès de cette peinture deviendrait-il incontournable ? C’est l’actuelle opinion des Barcelonais qui viennent de l’exposer, en même temps que les américains de Charlotte. Les Parisiens en bénéficieront eux en octobre prochain.
L’artiste a un contact extrêmement facile, le dialogue est certainement son principal mode de fonctionnement tant dans sa vie que dans l’œuvre qui la prolonge. Né en 1945, après ses diplômes aux Beaux-Arts, il crée sa propre académie de peinture en 68. Cette expérience va durer treize ans car il décide de se consacrer exclusivement à sa peinture. Il en résulte un parcours sans faute qui lui garantit une œuvre très personnelle parmi les peintres professionnels. Il a une grande production. Grâce à cela, ses œuvres sont disséminées un peu partout.